• Bibliothèques,
  • Recherche,
  • Identité numérique,

Entretien avec Damien Petermann

Publié le 31 mars 2022 Mis à jour le 11 mars 2022

[Damien Petermann a ouvert plusieurs carnets Hypothèses depuis fin 2014 : Imago – Image(s) de la ville (carnet inactif depuis septembre 2017), Recherches en géohistoire sur Lyon (carnet inactif depuis octobre 2016) et son carnet principal, toujours actualisé, L'image de Lyon. Il a également participé à des carnets collectifs : ENthèSe (carnet collectif inactif depuis juin 2017) et IMU alpha (dernier billet datant de février 2020).

C’est vers lui que nous nous sommes tournés pour inaugurer cette série de portraits courts de carnetiers et carnetières.]

  1. En quelques mots, pouvez-vous vous présenter ?
    Damien Petermann, je viens d’achever en ce début d’année 2022 ma thèse en géographie-aménagement à l’université Jean Moulin Lyon 3 (soutenance prévue en avril 2022). J’ai fait toutes mes études à Lyon 3 : j’ai commencé l’histoire (de la licence au master 2), avec une spécialisation en métiers du patrimoine en master 2 et des stages au musée d’histoire de Lyon (Gadagne). Ensuite, je me suis orienté vers la géographie en faisant un deuxième master 2, en particulier pour apprendre à maitriser les logiciels de cartographie et les systèmes d’information géographique qui permettent de traiter des données spatiales (SIG). Mes recherches de master portaient sur les représentations iconographiques de Lyon entre le xviie siècle et le début du xixe siècle (peinture, dessin, estampe). Ma thèse est consacrée à l’image de Lyon dans les guides de voyages de plusieurs grandes collections entre 1840 et 2000. À travers un corpus d’une soixantaine de guides publiés en français, allemand et anglais, j’ai étudié la construction et l’évolution de la représentation de l’espace lyonnais au cours de cette période.
     
  2. Depuis quand écrivez-vous sur les carnets Hypothèses et quelles sont vos motivations pour cela ?
    J’ai ouvert mon carnet Hypothèses à l’automne 2015, au début de ma 3e année de doctorat. J’y pensais déjà depuis plusieurs mois, car j’avais découvert ce médium lors d’une formation doctorale de l’UdL organisée par Éric Verdeil (Formation doctorale sur la publication SHS à l’époque du numérique).
    Mon premier billet publié est une Bibliographie sur les représentations iconographiques de Lyon : 1500-1900, que je mets à jour régulièrement depuis. C’était le format qui me paraissait le plus simple pour débuter sur Hypothèses, car j’avais des blocages sur l’écriture et que cette bibliographie me permettait de capitaliser facilement sur mes recherches de master.
    Mes motivations ont évolué depuis 2015. J’ai ouvert mon carnet dans un objectif premier de présence numérique en tant que doctorant : il s’agissait avant tout de rendre visible mon travail de thèse et mes recherches (passées et en cours). Il y avait par exemple la volonté de valoriser mes recherches de master 1 et 2 sur les vues de Lyon (mais cet aspect n’a pas très bien marché, faute de temps car avec la thèse j’étais désormais dans une autre dynamique…). Au fil des années, j’ai utilisé mon carnet Hypothèses pour parler de sujets périphériques à ma recherche, qui ne sont pas au cœur du sujet mais tout de même en partie liées : la numérisation des collections patrimoniales, l’accès et la réutilisation de ces contenus, les questions de droit d’auteur et de domaine public. J’ai donc bien élargi mon périmètre par rapport à ce qui était prévu au début, et dans les faits, j’ai finalement assez peu écrit sur mon sujet principal, l’image/les images de Lyon. J’ai aussi profité du carnet pour mettre en avant mes publications, et notamment les versions que j’ai déposées dans l’archive ouverte HAL (exemple : https://imagelyon.hypotheses.org/1391).
     
  3. Que vous apporte l’écriture sur un carnet Hypothèses, que d’autres canaux de communication ne vous apportent pas ?
    Le carnet Hypothèses permet une grande liberté, c’est sans doute le meilleur espace possible de ce point de vue là pour les doctorant·es. C’est pour moi un élément essentiel : en tant que carnetier, je suis le seul et unique responsable de ce qui est présent dans mon carnet Hypothèses. C’est moi qui décide des sujets, de la temporalité, des formats d’écriture. Le carnet offre ainsi un formidable bol d’air par rapport à tous les formats habituels – et contraints – de la recherche (thèse, publications scientifiques, activités au sein du laboratoire ou de l’université, etc.). C’est notamment le cas pour les délais : on peut publier un billet très rapidement, sans attendre des mois d’avoir une quelconque validation. Bien sûr, si on le souhaite, cela n’empêche pas de faire relire ses billets à d’autres personnes avant de les publier. Je le fais de temps en temps, pour certains billets assez longs ou pour lesquels j’ai quelques doutes : je sollicite des proches, souvent des jeunes chercheur·es qui sont intéressé·es par mon carnet.

    Je pense que l’écriture régulière sur Hypothèses est aussi très utile pour s’entraîner en vue ou en parallèle de la rédaction de la thèse ou d’articles. Certes, on peut adopter un ton et un style différent, mais là aussi, rien d’obligatoire : certaines personnes publient des billets très fouillés, avec des références, donc très proches d’une publication académique, tandis que d’autres écrivent des billets de blog dans un esprit de grande proximité avec leur lectorat (usage du « je », format court, ton plus direct). On a vraiment le choix et on peut aussi évoluer dans sa manière d’écrire.

    Dernier point : on a en grande partie la main sur l’apparence et la structure de son carnet Hypothèses. Là aussi, cela offre une assez grande liberté de personnalisation du carnet (liens externes, menus, apparence). Certaines fonctionnalités de Wordpress ne sont pas disponibles à la communauté Hypothèses, mais l’un des grands avantages de cette plateforme est la visibilité offerte aux billets et le gage de sérieux conféré par la validation lors de la création du carnet. D’ailleurs les carnets Hypothèses peuvent se voir attribuer un ISSN par la Bibliothèque nationale de France (exemple : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb45228682p).
     
  4. De quelle manière le carnet auquel vous participez est-il un levier de communication avec vos pairs et avec un plus grand public ?
    Le carnet bénéficie d’une grande visibilité grâce à l’indexation d’Hypothèses dans les moteurs de recherche généralistes. En outre, les billets sont très bien référencés dans Isidore. Cependant, je pense que pour tirer pleinement parti de l’avantage du format web de ce carnet de recherche et lui donner de la visibilité, il est recommandé de signaler ses billets sur les réseaux sociaux : c’est ce que je fais sur Twitter, Facebook et LinkedIn. L’articulation du carnet avec les réseaux sociaux permet de toucher un public assez large, et les réactions/échanges ont souvent lieu sur les réseaux sociaux (en revanche, il n’y en a en général pas ou très peu dans l’espace « commentaires » des billets).

    Il est difficile de savoir qui lit mon carnet et c’est une information que j’aimerais mieux connaître. À part les gens qui réagissent sur les réseaux sociaux ou ceux qui m’écrivent dans les commentaires ou par mail, je ne connais pas les profils des lecteurs et lectrices. Je pense qu’une grande partie sont des doctorant·es et des chercheur·es (communauté universitaire), mais il y a sans doute aussi des professionnels du patrimoine. Je découvre parfois au détour d’une conversation avec des acteurs lyonnais (archivistes, bibliothécaires) qu’ils connaissent mon carnet et lisent mes billets. Cela fait plaisir et ça me conforte dans le choix de ce médium pour valoriser mes recherches et partager mes réflexions.
     
  5. Auriez-vous un conseil à donner à un·e aspirant·e carnetier·e ?
    Je pense qu’il ne faut pas se lancer tout de suite, mais d’abord prendre un peu le temps de réfléchir aux raisons qui vous motivent pour ouvrir un carnet Hypothèses. Je conseille aussi d’échanger avec des carnetiers et carnetières qui ont de l’expérience, c’est toujours utile d’avoir des retours et des recommandations, tant sur le plan pratique que scientifique. Ce type d’échange permet aussi de lever quelques interrogations ou doutes. Je conseille aussi de suivre une formation à Hypothèse, il en existe en général dans les BU ou via l’URFIST.

    Il faut garder à l’esprit qu’un carnet Hypothèses est vraiment un entre-deux : ce n’est pas un blog personnel où l’on peut tout écrire, mais ce n’est pas non plus une publication académique classique, avec toutes les contraintes de format, délai, relectures… L’objectif est de trouver son propre équilibre pour tirer partir des avantages de chaque format, selon la finalité.

    Ainsi, je pense que le carnet Hypothèses n’est pas le lieu adapté pour publier en premier des éléments inédits de sa recherche. Il est préférable de privilégier pour cela les publications revues par les pairs (revues scientifiques, actes de colloque, etc.) ou au moins des formats de type preprint qui peuvent être déposés dans HAL ou une autre archive ouverte. Écrire sur un carnet Hypothèses permet de partager ses recherches, de se rendre visible en tant qu’expert (en formation) d’un sujet. Il s’agit de trouver le bon équilibre, le bon format et sur ce sujet il n’y a pas de règle, il y a une grande liberté : à chacun·e de s’en saisir comme on le souhaite !


    [Figure 1 : Capture d'écran du carnet L'image de Lyon.]

    [Statistiques de consultations du carnet L’image de Lyon.]
Nombre de billets publiés Visiteurs différents

Nombres de visites

2015 1 176 243
2016 2 3342 4435
2017 5 11307 18336
2018 4 37719 51802
2019 1 22838 46859
2020 7 25166 49272
2021 9 19882 47472